N I W O Z

 

Je suis à cet endroit. C’est une sorte de rue, en banlieue ou à la campagne. Un morceau de goudron, trottoir régulier, pas trop large. Des pelouses graduées fondent les jeux en bois et le toboggan. Devant la haie, une barrière porte paisiblement la boîte aux lettres. Dans la maison, un coucou retentit. Ça grince un peu.

Je suis à cet endroit, rampe de bitume, murs graffés de toutes parts. Quelques mecs rident leurs skateboards. Vague odeur de weed, une brise urbaine et les bourdonnements des roues fixent l’ambiance.

Je suis à cet endroit, dans une salle de classe, au bord de la rupture. Il faut rester assis, bouger un minimum, écouter les autres et assimiler les informations. 

Je suis à cet endroit, sur le sofa dans le salon. Télé qui braille, je pète un cable, tends le bras pour choper le bocal. J’avale le poisson rouge, ça chatouille trop, envie de vomir.

Je suis à cet endroit, c’est un atelier. Odeur de bois, cool. Et une foreuse incandescente.

Je suis à cet endroit : imagine la mer, souffle iodé — bière fraîche. Une évasion sur un bateau en bois, je louvoie tranquille.

 

Je suis à cet endroit. Dehors ! Enfin.

 

Je suis à Tokyo en salle d’arcade, je suis sur la côte des Basques cuisses dans l’eau sur mon surf, je suis sous un pont au canal Saint-Martin, en haut d’un phare à Capbreton, je zone à Clermont-Ferrand. 

 

Je rencontre l’enfance et l’art, les conneries et du talent. Une sculpture. Nuage d’étincelles jaillit de l’acier inoxydable. Aluminium, titane, cuivre. On veut se brûler, recommencer ; que ça tombe, que ça casse, recommencer. Scier le bois, douze treize vis, peindre le tout. Tenter un truc, le disproportionner. 

 

Je vois Simon, pas prise de tête, des anecdotes à raconter : un mélange de rêves, des fantasmes de gamin, un vélo cadenassé pas loin. Envie de rigoler tout le temps, ça tient pas en place. Plus tard ou plus tôt, un stylo noir en main devant la feuille blanche, il dessine. Un pote à capter, demander un coup de main, boire un coup au bar. Ça construit, ça fulmine, c’est deterr. Ouais ça change un prénom, ça rigole et aussi, ça s’acharne. 

 

Je vois Simon, des fourmis dans les jambes, habités de plusieurs personnages, envie d’inventer. 

À cet endroit, espace d’exposition, dedans/dehors : l’œuvre est finie. À cet endroit, il pose sa pièce, rejoint ses potes, filme un peu, regarde le truc exister. 

Je suis là, j’ouvre une bière. Patiemment, j’attends le prochain voyage.